Jeudi 11 mai 20h

Cinéma Casino-CGR

Projection du film

"FAITES LE MUR"

Avec Jerome Catz, auteur de l'ouvrage "Steet art, mode d'emploi",

et commissaire de l'exposition "Street art, art urbain" qui a lieu au musée saint Germain

 5€ la place

Qu’est-ce que le street art ? Qui est Banksy ? Voici les questions que ce documentaire est censé poser par l’intermédiaire de Thierry Guetta, français expatrié aux Etats-Unis depuis les années 80, mono-maniaque de la prise d’images, cousin d’Invader, cet artiste connu pour ses représentations du célèbre jeu en mosaïque posées un peu partout dans les villes du monde. Thierry Guetta, qui commence donc en filmant sa famille, en vient à s’immerger dans le monde du street art et se prendre de passion pour ces artistes, qu’il va rencontrer grâce à son fameux cousin.Le tournant du film vient de la rencontre entre Guetta et Banksy, le célèbre street artiste anonyme dont beaucoup rêve de découvrir l’identité. À l’écran, brève découverte de l’œuvre de l’artiste anglais et de ses pratiques artistiques la nuit.  Plus tard, Banksy visionne le fameux film préparé par Thierry Guetta, et face au télescopage des images accumulées sans sens, il décide qu’il ne verra pas le jour. Mais il en reprend l’idée, la suite vient comme un cataclysme : Thierry Guetta, lui aussi, va se lancer dans l’art, poussé et observé par Banksy et aidé par Shepard Fairey, artiste connu pour la désormais célèbre colorisation du portrait d’Obama.  Banksy inverse la vapeur et se met à filmer Guetta et son ascension artistique, sujet d’études beaucoup plus intéressant... 

MENSONGE OU VERITE ?

Le démarrage de Guetta dans l’art a de quoi laisser pantois. Si Guetta n’existait pas il faudrait l’inventer. C’est ce que fait Bansky.  Guetta prend donc le pseudo de Mr Brainwash (le lavage de cerveau, thème cher à Banksy) et commet sa première exposition en 2008 à Los Angeles : Life is beautiful.  Le résultat est ahurissant ...

CONNU, ANONYME, MANIPULATEUR, QU’EST-CE QUE L’ART

Et l’art de Mr Brainwash alors ? Il s'illustre d'abord avec un logo qu’il colle partout en ville, un homme à la caméra qu’il n’a pas dessiné lui-même puisque, nous dit le film, il a demandé à un illustrateur de le réaliser.  Jamais Guetta ne sera filmé en train de « créer », on le voit commenter les œuvres qu’il a réalisées, largement pompées sur Andy Warhol. Andy Warhol, l’homme aux sosies, celui qui filmait les autres et travaillait avec de nombreux assistants. Jusqu’à quel point Faites le mur se moque également d’Andy Warhol et de sa récupération ?  Banksy n’est pas sans rappeler l’artiste français Blek le rat. Il aurait aussi certainement visionné le F for fake d’Orson Welles.

CERTITUDES ?

Le film est sorti en avril 2010 aux Etats-Unis. De nombreux doutes ont été émis sur l’identité de Thierry Guetta, le fait qu’il puisse être un acteur professionnel et que tout cela soit une autre des opérations montées par Banksy. Pourtant Brainwash est invité chez Sotheby en novembre 2010, ses œuvres se vendent chers…  Il réalise la pochette de la compilation de Madonna, à Paris en septembre 2010 le magasin Printemps boulevard Haussman a accueilli ses œuvres... Le spectateur assiste médusé à ce succès improbable, validant les thèses de Guy Debord et des situationnistes...

DE L'ART OU DU COCHON   

Ce n’est pas si fréquent de jubiler au cinéma ou de littéralement tressauter de rire. L’humour anglais, c’est quelque chose.  Il faut tout de même rendre justice à ce franco-américain qui porte tout le film avec ses grandes moustaches, son accent et sa bêtise, Thierry ou quel que soit son nom. Un régal. Parce qu’il nous raconte une histoire universelle : celle de l’imbécile qui réussit. Un conte de fées. Le quart d’heure de gloire (Warhol toujours) de tout inconnu. La célébrité soudaine. De quoi faire fantasmer les crédules, et encore pire, de quoi nourrir la théorie du complot, en dénichant le mensonge dans le moindre aspect du film. Où commence la manipulation de Banksy ? Guetta est-il totalement inventé ? Est-il un authentique naïf ? Banksy est-il Guetta ?

Il faudra méditer cette phrase (approximative) que Banksy prononce au moment où le film change de sujet : « Je veux montrer que ce n’est pas pour l’argent ou la célébrité. » en pensant à sa volonté de filmer les réactions des gens de la rue qui découvrent ses œuvres sur les murs, pour que lui-même puisse enfin être conscient de ce qu’il suscite. Faites le mur ressemble à une œuvre offerte par Banksy qui maintenant nous regarde tous faire des suppositions à n’en plus finir face à sa création.

Après Borat le faux reporter, la fausse carrière de chanteur du comédien Joaquin Phoenix, pour le film de Casey Afleck, voici un faux artiste ? Le film pose bien entendu de nombreuses questions sur l’art, sa valeur marchande, son caractère éphémère, ses arnaques, et bien sûr le goût des gens, la facilité à faire émerger un artiste…  Banksy se moque. Banksy regarde le monstre qu’il a créé et se mord les doigts de voir sa créature lui échapper. C’est ce que nous sommes censés croire. Lui échappe-t-elle vraiment ? Le film questionne un autre aspect : la valeur de l’image, la force du montage, la réalité de ce qu’on nous montre. Toute image de ce film est questionnable, à commencer par les prises de vue familiales de Thierry Guetta (rien que ce nom sonne comme une blague...), si caricaturales sauf quand on pense à la réalité vue sur YouTube...

On se dit que c’est trop gros et alors on pense au monde dans lequel on vit …